Mathématiques — Première

Fonction exponentielle — Maths Première (chapitre 5)

La fonction exponentielle en Première spé maths : définition par f' = f et f(0) = 1, propriétés algébriques, nombre e, variations, dérivée de e^(at),…

Par ProfBot

La fonction exponentielle

Chapitre 5 — Analyse · Première, spécialité mathématiques

Existe-t-il une fonction qui soit égale à sa propre dérivée ? Autrement dit, une grandeur dont la vitesse de croissance est à chaque instant égale à sa valeur ? La question paraît étrange, mais elle décrit exactement une population qui se reproduit proportionnellement à son effectif, un capital dont les intérêts s'ajoutent en continu, ou un noyau radioactif qui se désintègre. La réponse est oui, et cette fonction est unique : c'est l'exponentielle.

Au programme officiel (programme 2026, applicable à la rentrée 2026-2027). Définition de la fonction exponentielle comme unique fonction dérivable sur $\mathbb{R}$ vérifiant $f' = f$ et $f(0) = 1$ — l'existence et l'unicité étant admises ; notation $\exp(x)$ ; relations $\exp(x+y) = \exp(x)\exp(y)$ et $\exp(x)\exp(-x) = 1$ ; nombre $e$ et notation $e^x$ ; signe, variations et courbe ; lien avec les suites géométriques.

Aucune démonstration n'est exigible. En revanche, il faut savoir dériver $t \mapsto e^{at}$ et modéliser une croissance ou une décroissance exponentielle.


1. Définition

Théorème et définition (admis). Il existe une unique fonction $f$ dérivable sur $\mathbb{R}$ telle que

$f' = f \qquad \text{et} \qquad f(0) = 1.$

Cette fonction s'appelle la fonction exponentielle et se note $\exp$.

Ce que « unique » veut dire, et pourquoi c'est important. Les deux conditions ensemble ne laissent aucune liberté : dès qu'une fonction est sa propre dérivée et vaut $1$ en $0$, c'est l'exponentielle. C'est ce qui permet, dans un exercice, de conclure « donc $f = \exp$ » à partir de ces seules deux propriétés, sans aucun calcul supplémentaire.

La condition $f(0) = 1$ n'est pas décorative : la fonction nulle vérifie aussi $f' = f$, mais elle vaut $0$ en $0$. Sans cette seconde condition, il n'y aurait pas unicité.


2. Propriétés algébriques

Théorème (admis). Pour tous réels $x$ et $y$, et tout entier relatif $n$ :

$\exp(x+y) = \exp(x) \times \exp(y),$

$\exp(-x) = \frac{1}{\exp(x)}, \qquad

\exp(x-y) = \frac{\exp(x)}{\exp(y)}, \qquad

\exp(nx) = \big(\exp(x)\big)^n.$

Conséquence immédiate. En prenant $y = -x$ dans la première relation : $\exp(x)\exp(-x) = \exp(0) = 1.$ Un produit valant $1$ ne peut avoir de facteur nul : la fonction exponentielle ne s'annule jamais.

La règle à retenir en une phrase. L'exponentielle transforme les sommes en produits. C'est exactement l'inverse du logarithme, que vous rencontrerez en terminale.

Le nombre $e$ et la notation puissance. On pose $e = \exp(1) \approx 2{,}718\,281\,8.$ La relation $\exp(nx) = \big(\exp(x)\big)^n$ donne alors $\exp(n) = e^n$ pour tout entier $n$ : l'exponentielle se comporte exactement comme une puissance de $e$. On étend cette écriture à tous les réels, et l'on note désormais $e^x \quad\text{à la place de}\quad \exp(x).$

Les propriétés ci-dessus prennent alors la forme familière des puissances : $e^{x+y} = e^x e^y, \qquad e^{-x} = \frac{1}{e^x}, \qquad e^{x-y} = \frac{e^x}{e^y}, \qquad \left(e^x\right)^n = e^{nx}.$


3. Étude de la fonction

Signe. Pour tout réel $x$, $e^x > 0$.

Justification. On sait déjà que $e^x \neq 0$. De plus $e^x = e^{x/2 + x/2} = \left(e^{x/2}\right)^2$ est un carré, donc positif. Étant non nul et positif, il est strictement positif. $\blacksquare$

Variations. La dérivée de $\exp$ est $\exp$ elle-même, qui est strictement positive : la fonction exponentielle est strictement croissante sur $\mathbb{R}$.

$x$$-\infty$$+\infty$
$(e^x)' = e^x$$+$
$e^x$$0$$\nearrow$$+\infty$

Valeurs remarquables. $e^0 = 1$, $e^1 = e \approx 2{,}718$, $e^{-1} = \dfrac1e \approx 0{,}368$.

La courbe de l'exponentielle, sa tangente en 0 d'équation y = x+1, et les points (0;1) et (1;e).

La tangente en $0$ a pour pente $e^0 = 1$ et pour équation $y = x+1$. La courbe reste toujours au-dessus de cette tangente.

Conséquence utile — résoudre équations et inéquations. L'exponentielle étant strictement croissante : $e^a = e^b \iff a = b, \qquad e^a < e^b \iff a < b.$ On peut donc « enlever les exponentielles » de part et d'autre, en conservant le sens de l'inégalité.


4. Dériver $e^{u}$

Propriété. Pour tout réel $a$, la fonction $t \mapsto e^{at}$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ et

$\left(e^{at}\right)' = a\,e^{at}.$

Plus généralement, si $u$ est dérivable, $\left(e^{u}\right)' = u'\,e^{u}$.

Le facteur $a$ est l'erreur numéro un du chapitre. La dérivée de $e^{3x}$ est $3e^{3x}$, pas $e^{3x}$. Celle de $e^{-2x}$ est $-2e^{-2x}$. Le signe compte autant que le coefficient : c'est lui qui distingue une croissance d'une décroissance.


5. Modéliser avec l'exponentielle

Croissance et décroissance. Pour $k > 0$ :

À gauche une courbe qui monte de plus en plus vite, à droite une courbe qui décroît vers zéro.

Le lien avec les suites géométriques. C'est le point que le programme demande explicitement de faire.

Une suite géométrique de raison $q > 0$ et de premier terme $u_0$ s'écrit $u_n = u_0\,q^{\,n}$. Or il existe un réel $k$ tel que $q = e^{k}$ ; on a alors $u_n = u_0 \left(e^{k}\right)^n = u_0\,e^{kn}.$

Autrement dit : une suite géométrique est une exponentielle observée seulement aux instants entiers. L'évolution discrète (« +3 % chaque année ») et l'évolution continue (« croissance au taux $k$ ») sont deux visages du même phénomène.

Une courbe exponentielle continue et les points d'une suite géométrique qui tombent exactement dessus.

Les points de la suite $q^n$ se posent exactement sur la courbe de $t \mapsto e^{kt}$, avec $q = e^k$.


6. Exercices corrigés

Exercice 1 — Simplifier

Simplifier : a. $e^3 \times e^{-5}$ b. $\dfrac{e^{2x}}{e^{x}}$ c. $\left(e^{-x}\right)^3 \times e^{4x}$

Correction. a. $e^{3-5} = e^{-2}$. b. $e^{2x-x} = e^{x}$. c. $e^{-3x} \times e^{4x} = e^{x}$.

Exercice 2 — Équations et inéquations

Résoudre dans $\mathbb{R}$ : a. $e^{2x-1} = e^{x+3}$ b. $e^{x} < e^{3}$ c. $e^{2x} - 3e^{x} + 2 = 0$

Correction. a. L'exponentielle étant strictement croissante, donc injective : $2x - 1 = x + 3 \iff x = 4.$

b. Par stricte croissance, l'inégalité se transmet dans le même sens : $x < 3$, soit $S = \,]-\infty\,;3[$.

c. Posons $X = e^x$, avec $X > 0$. L'équation devient $X^2 - 3X + 2 = 0$, de discriminant $9-8 = 1$, donc $X = 1$ ou $X = 2$. Les deux sont strictement positifs, d'où $e^x = 1 \iff x = 0, \qquad e^x = 2 \iff x = \ln 2 \approx 0{,}693.$

(La notation $\ln$ sera définie en terminale ; en première, on donne la valeur approchée obtenue à la calculatrice.)

Exercice 3 — Dérivées

Dériver : a. $f(x) = e^{5x}$ b. $g(x) = 3e^{-2x} + x$ c. $h(x) = x\,e^{x}$ d. $k(x) = e^{x^2}$

Correction. a. $f'(x) = 5e^{5x}$. b. $g'(x) = 3 \times (-2)e^{-2x} + 1 = -6e^{-2x} + 1$. c. Produit : $h'(x) = 1 \times e^x + x \times e^x = (1+x)e^x$. d. Avec $u = x^2$ et $u' = 2x$ : $k'(x) = 2x\,e^{x^2}$.

Exercice 4 — Étude de fonction

Soit $f(x) = (x-1)e^{x}$ sur $\mathbb{R}$. Étudier ses variations.

Correction. Produit de $u = x-1$ et $v = e^x$, avec $u' = 1$ et $v' = e^x$ : $f'(x) = 1 \times e^x + (x-1)e^x = e^x\big(1 + x - 1\big) = x\,e^{x}.$

Comme $e^x > 0$ pour tout $x$, le signe de $f'$ est celui de $x$ : $f$ est décroissante sur $]-\infty\,;0]$ et croissante sur $[0\,;+\infty[$. Elle admet donc un minimum en $0$, valant $f(0) = (0-1)e^0 = -1.$

Vérification : $f(-1) = -2e^{-1} \approx -0{,}736$ et $f(1) = 0$, tous deux supérieurs à $-1$. ✓

Exercice 5 — Décroissance radioactive

La masse d'un échantillon radioactif, en grammes, est modélisée par $m(t) = 50\,e^{-0{,}04t}$, où $t$ est en années. a. Quelle est la masse initiale ? b. Quelle masse reste-t-il après 20 ans ? c. Vérifier que $m'(t) = -0{,}04\,m(t)$ et interpréter.

Correction. a. $m(0) = 50\,e^0 = 50$ g. b. $m(20) = 50\,e^{-0{,}8} \approx 50 \times 0{,}4493 \approx 22{,}47$ g — un peu moins de la moitié. c. $m'(t) = 50 \times (-0{,}04)\,e^{-0{,}04t} = -0{,}04 \times 50\,e^{-0{,}04t} = -0{,}04\,m(t)$.

Interprétation. La vitesse de désintégration est à chaque instant proportionnelle à la masse restante : plus il reste de matière, plus il s'en désintègre par unité de temps. C'est la signature de toute décroissance exponentielle.

Exercice 6 — Suite géométrique et exponentielle

Un capital de $1\,000$ € est placé à $4\,\%$ par an. a. Exprimer le capital $C_n$ après $n$ années. b. Écrire $C_n$ sous la forme $1000\,e^{kn}$ et donner $k$.

Correction. a. Le capital est multiplié chaque année par $1{,}04$ : c'est une suite géométrique, donc $C_n = 1000 \times 1{,}04^{\,n}.$

b. Il faut $e^{k} = 1{,}04$, c'est-à-dire $k = \ln(1{,}04) \approx 0{,}0392$. D'où $C_n = 1000\,e^{0{,}0392\,n}.$

Contrôle pour $n = 10$ : $1000 \times 1{,}04^{10} \approx 1480{,}24$ et $1000\,e^{0{,}392} \approx 1480{,}0$ — l'écart provient uniquement de l'arrondi sur $k$. ✓

Remarque. Le taux annuel est de $4\,\%$, mais le taux « continu » équivalent est $k \approx 3{,}92\,\%$ : légèrement plus petit, parce qu'une croissance continue compose ses intérêts en permanence.


À retenir

La définition $\exp \text{ est l'unique fonction dérivable telle que } \exp' = \exp \text{ et } \exp(0) = 1.$

Les propriétés algébriques — l'exponentielle change les sommes en produits : $e^{x+y} = e^x e^y, \qquad e^{-x} = \frac{1}{e^x}, \qquad e^{x-y} = \frac{e^x}{e^y}, \qquad \left(e^x\right)^n = e^{nx}.$

L'étude $e^x > 0 \text{ pour tout } x, \qquad e^x \text{ strictement croissante}, \qquad e^0 = 1, \qquad e \approx 2{,}718.$

La dérivée composée $\left(e^{at}\right)' = a\,e^{at}, \qquad \left(e^{u}\right)' = u'\,e^{u}.$ Ne jamais oublier le facteur $a$ (ou $u'$).

Le lien à faire. Suite géométrique $q^n$ et exponentielle $e^{kt}$ décrivent le même phénomène, l'une à temps discret, l'autre à temps continu, avec $q = e^k$.


Chapitre suivant : la trigonométrie, et le passage du cercle aux fonctions sinus et cosinus.


Le programme complet de première

Algèbre

  1. Suites numériques et modèles discrets
  2. Second degré

Analyse

  1. Dérivation
  2. Variations et courbes représentatives
  3. Fonction exponentielle
  4. Trigonométrie

Géométrie

  1. Calcul vectoriel et produit scalaire
  2. Géométrie repérée

Probabilités et statistiques

  1. Probabilités conditionnelles et indépendance
  2. Variables aléatoires réelles

Parties transversales

  1. Listes Python et expérimentations
  2. Logique, ensembles et automatismes

Chapitre 4 · Variations et courbes représentatives &nbsp;|&nbsp; Chapitre 6 · Trigonométrie


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